Journal der waderer im Elsass

Texte Edouard Sitzmann

 

 

texte de Edouard Sitzmann

 

Une histoire merveilleuse à Wettolsheim vers la fin du XIIIe siècle

 

Après l'année 1240 de Notre-Seigneur, arriva une femme faible et malade, portant un voile noir comme c'est la coutume des moniales. Elle était assise sur une mule blanche qu'on voyait conduite par un domestique. Elle arriva donc au village de Wettolsheim, situé au diocèse de Bâle près de Colmar, et se rendit à la maison du prêtre. Elle lui demanda humblement un gîte. Le desservant la reçut avec bonté. Quant au domestique,il monta sur la mule et retourna, à ce qu'on croit, par le chemin qu'il avait pris en venant. Le desservant fit préparer un lit pour son hôtesse dans une maisonnette proche de la sienne et lui donna largement ce qu'elle désirait. De bon mane, la femme en question appela le prêtre,le remercia pour ces bienfaits qu'il lui avait, se confessa à lui demanda humblement le sacrement de l'Eucharistie et l'Onction Sainte. Le prêtre acquiesça à sa demande et à tout ce qu'elle désirait. Après cela, cette brave femme a fait une mort édifiante. Au prêtre, elle révéla son nom, JUNTA, et certains autres détails que cependant elle n'a pas fait connaître à tout le monde. Après sa mort, le prêtre lui fit donner une sépulture honorable près de l'église, parmi ses ouailles. Or les femmes du village racontèrent tout bonnement que c'était une sainte. En effet, beaucoup d'entre elles se rendaient à sa tombe et l'invoquaient avec ferveur comme une sainte. Il y en avait beaucoup qui affirmaient que leurs prières avaient été exaucées et qu'elles avaient été délivrées de leurs épreuves. Entendant et voyant ces choses, des hommes du village décidèrent d'un commun accord avec certain fidèles de faire une offrande destinée à la fabrication d'une cassette qui serait placée près de la tombe. Dans cette cassette seraient recueillies les offrandes et la somme en serait remise à l'église pour la vénération de la dame. Mais quand les offrandes furent devenues importantes, arriva un vieux clerc de la part des seigneurs de GIRSBERG qui jouillissaient alors d'une grande fortune et leur renom. Voilà les faits qu'a racontés la dame de HAGUENECK, personne digne de foi et de condition libre, comme elle les avait appris par ses sujets de Wettolsheim.

 

 

 

Extrait de : Rudolf von Schlettstadt

Historiale Memorabiles

Herausgegeben von Erich Kleinschmidt

1974 …........ Verlag. Köln Wien.

 

Prologue : Un prêtre accueillant à Wettolsheim

 

La moniale au voile noir, JUNTA, était une de ces religieuse itinérantes,allant d'une église à l'autre, d'un monastère à l'autre ; le phénomène n'était pas extraordinaire pour l'époque. Que le prêtre desservant Wettolsheim l'ait accueillie avec tant de bonté, cela est tout à son honneur. Cela confirme aussi la présence d'un prêtre dans notre village dès cette époque. Et il devait habiter dans une simple maisonnette couverte de chaume – l'habitat du 13e siècle n'avait encore rien de comparable au nôtre – puisqu'il acceuille son hôtesse dans une maisonnette proche de la sienne, sans doute à proximité de l'église actuelle.

 

Q'une annecdote enchanté puisse parvenir jusqu'à nous, alors que 700 ans se sont écoulé depuis, voilà qui nous surprend et nous émerveille à la fois ! Comment cela peut-il se faire ?

 

Le texte original est rédigé en latin et fait partie d'un manuscrit conservé à la bibliothèque de Danaueschingen 5Fürstenbergische Hofbibliotek) ; il a été publié pour la première fois en 1974. C'est grâce à M. Christian WILSDORF, directeur des services d'archives du Haut-Rhin, que nous avons pu en prendre connaissance. Nous le remercions très vivement pour l'intérêt qu'il porte à l'histoire de notre village, pour les nombreux et précieux renseignements qu'il nous a déjà communiqués.

 

Les Dominicains de Colmar et les nobles de HAGENECK

 

Qu'ils y ait eu des rapports entre les Dominicains de Colmar et nobles de HAGUENECK, cela est attesté par l'histoire. En 1283, Les dominicains de Colmar commencent la construction de leur église (l'actuelle église des dominicains). En 1284, BURCKARD DE HAGUENECK et la population de Wettolsheim les autorisent à traverser le village et le ban pour se rendre à la carrière.

Le même Burckard possédait d'ailleurs des bien à Colmar. Quand au prieur des dominicains de Sélestat, rédacteur de l'anecdote, ila sûrement séjourné à Colmar. Il a très bien pu apprendre cette histoire de la bouche même de la dame de Hagueneck, Adelaïde, épouse de Burckard, sinon, de ses confrères dominicains du couvent de Colmar. A cette époque, seules les personnes libres et nobles étaient considérées comme digne de foi.

 

 

Wettolsheim, Fief de l'Evèque de Strasbourg

 

De qui dépendait Wettolsheim alors ?

Lévèque de Strasbourg était déjà seigneur de Wettolsheim, au moins depuis 1251, et il déléguait son autorité à des nobles résidant sur place ou dans les environs ; les Seigneurs de Hagueneck entre autres,et les nobles de Wettolsheim, de la même famille que les Hageneck ; Il y avait aussi les sires de HORBOURG, vassaux de l'évèque et propriétaires de la moitié Nord du village juqu'en 1319. Dans cette région de la Haute-Alsace, les domaines de l'évèque de Strasbourg étaientimportant ; Il se repartissaient en trois baillages : Soultz, Rouffach et Eguisheim dont dépendra Wettolsheim jusqu'à la Révolution.

 

Wettolsheim, paroisse du diocése de Bâle

 

Alors que sur le plan politique, Territorial et administratif, notre village dépendait de l'évèque de Strasbourg, lui-même prince du saint-Empire, donc vassal de l'empereur de Germanie, sur le plan religieux, Wettolsheim dépendait de l'évèché de Bâle. Celui-ci comprenait près de 12 doyennés : 6 en Suisse et 6 en Alsace. Le doyenné correspondant à notre région s'appelait « ULTRA COLLES OTTONIS ». Cette désignation d'après sa situation géographique s'explique facilement car le voyageur se dirigeant de Rouffach vers Colmar ne commence à apercevoir les clochers d'Eguisheim et de Wettolsheim qu'après avoir contourné les collines de Hattstatt, appelées aussi « colline d'Otton » en souvenir de l'empereur de ce nom qui y avait installé son camp ou rendu la justice dans le cadre d'assemblées provinciales. Ainsi ces collines tenaient lien de limites entre deux doyennés : « Citra colles » et Ultra colles », en deça et au-delà des collines.

Dans ce doyenné, l'abbaye Auguitinienne de MARBACH, fondé en 1090, tenait une place de choix et ses liens avec Wettolsheim ne tardèrent pas à se nouer. Marchbach commença à administrer notre village sans doute dès le début du 13e siècle, puisqu'en 1213 l'abbaye y possède déjà 9 cours, ce qui n'allait pas sans une contre-partie spirituelle : L'envoie d'un prêtre pour la prise en charge paroiciale des habitants. Si Marchbach avait de nombreuses  propriétés dans notre région, c'est parce qu'elle

était une abbaye épiscopale et que les vassaux de l'évèque la gratifiaient de bien importants dans notre villageet dans les environs.

 

 

Deux chapelles à Wettolsheim

Quand au village de Wettolsheim, nous savons qu'il était divisé en 2 parties, séparées même par un fossé, « le fossé l'évèque ». Une charte de 1358 ???? parle de la partie inférieur du village où se trouvait la chapelle St-Jean Baptiste, à la place de l'actuelle église paroissiale. Cette partie inférieur correspond au centre du village d'aujourd'hui avec l'église et le presbytère, la fontaine, la mairie.

Quand à la partie supérieur du village, cest la partie Sud-Ouest, effectivement plus élévée et très ancienne aussi : dans le language populaire, c'est le « Bergala », petite colline dans le prolongement de laquelle se situait le « Sankt Martinsguth » ou le « Sankt Martinbühl » ; à cette époque la Martinsbourg n'existait pas encore ; Il n'y avait qu'un petit domaine avec une chapelle au centre, domaine qui appartenait au sires de Horbourg.

Nous avons pu établir de façon sûre que la Martinsbourg tirait son nom de cette chapelle Saint-Martin érigée à cet endroit et mentionnée pour la première fois en 1319. En 1630, dans un papier de Porrentruy, siège des archives de l'ancien évêché de bâle, on signale qu'il est impossible au Sieur Linck de Turnebourg de rendre cette chapelle à l'abbaye de Machbach qui la réclame, car elle est incorporée dans la construction même de son château. Elle avait environ 6,50 m de long et 4?80 m de large.

Il y a de fortes chances que ces deux chapelles, Saint-Martin et Saint-Jean-Baptiste, aient déjà existé aux environs de 1300, car ceux qui en sont mentionnés comme détenteurs un peu plus tard, les sires de Horbourg et les chevaliers de St-Jean, étaient déjà possessionnés dans notre village avant 1300.

 

 

La Feldkirch et son cimetière.

 

Mais le lieu de culte le plus important de la région est depuis longtemps la FELDKIRCHE. C'est dans le cimetière qui entourait cette église que la moniale au voile noir fut enterrée. Les gens du village avaient dû être au courant de sa visite chez le prêtre et de l'hospitalité que celui-ci lui avait accordée. Sa mort les avait frappés et il n'est pas surprenant qu'on l'ait honorée comme une sainte, surtout si les femmes du village voyaient leurs prières exaucées grâce à son intercession. Lui offrir une piécette d'argent pour la remercier était un geste spontané, de même qu'aujourd'hui l'on glisse son offrande dans le tronc placé près dela statue d'un saint ou d'une sainte dans nos églises.

 

 

Les tributations des GIRSBERG

 

Mais qui étaient ces nobles De GIRSBERG jaloux de la popularité grandissante de la moniale défunte et réclamant  une part de l'offrande que les pauvres gens de Wettolsheim lui faisaient ?

 

Les GIRSBERG étaient une famille puissante au service de l'Empereur, sans doute représentant même l'autorité impériale dans la région. Ils avaient édifié 2 châteaux, L'un au sommet du STAUFEN, l'autre plus bas, non loin de Soultzbach. Mais leurs rapports avec les seigneurs des environs n'étaient guères aimables. Voici quelque faits : en 1279, ils s'emparent de Türckheim et brûlent le bourg de Wihr-au-val. En 1280, Les Colmariens font prisonnier le curé de Logelheim, un Girsberg. En 1281, ils construisent un nouveau château sur le STAUFEN, dominant les terres de

l'évèque ; celui-ci le fait détruire par les HATTSTATT qui avaient édifié en face le leur, le HOHHATTSTATT. En 1289, les Girsberg sont mis au ban de l'empire à cause du meurtre de Sigfrid von Gundolsheim, le constructeur du Hohlandbourg et le roiordonne d'assiéger leur château, siège qui va durer plus de 23 semaines. En 1302, c'est la dispute sanglante dans leur propre famille.

 

Leur position devient tellement intenable dans la région qu'ils sont obligés de la quitter ; Ils sujets deviennent sujet des RAPPOLSTEIN qui leur

 permettent de s'intaller, en 1316, sur une de leurs forteresses, le Girsberg-Stein, près de Ribeauvillé. Telle est la fin d'une famille remuante qui s'est fait détester de tous.

 

Les déboires des GIRSBERG ont dû faire du bruit dans la région, si bien que de braves gens de Wettolsheim ont considéré leur perte de prestige et les malheurs qui se sont assaillis sur leur lignée comme unepunition légitime du ciel, parce qu'un des leurs avaient pris de force les offrandes déposées par les pauvres gens dans cette casette placée sur la tombe de la moniale. C'est une explication populaire et surnaturelle à lafois, du déclin dont fut victime une des familles représentant de la noblesse et du pouvoir impérial dans notre région aux environs de 1300.

 

Cette histoire si émouvante méritait d'être rapportée, car elle tient du fait divers et de l'anecdote émouvante, tout en nous rapportant les réactins du bon peuple à une époque si lointaine, mais elle est parfaitement crédible,car toutes les circonstances décrites sont corroborées par les données de l'histoire que nous connaissons par ailleurs.

 

Marcel EHRHART

 

Note : Pour l'histoire des Girsberg, nous nous sommes inspirés du remarquable bulletin de l'association pour le sauvegarde de l'Architecture médiévale (A.S.A.M.) 1978.

 

« Dix château des environs de Soultzbach » par Bernard METZ N°5

Texte: Marcel Ehrhart

 

 

note: personnages de Wettolsheim

Histoire wettolsheim les personnages

 

Joseph VENSON Instituteur née en 1784

 

 

Joseph MEYER Appariteur née 1758