Ville de Friebourg en Breisgau

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fribourg-en-Brisgau

Histoire

L'histoire de la ville commence en 1091, lorsque le duc Berthold II de Zähringen délaisse son château de Zähringen, situé dans la Forêt-Noire, et fait construire celui de Fribourg. Celui-ci se trouvait sur la colline du Schloßberg, qui domine le centre-ville. Fribourg est alors située à un emplacement stratégique : elle est sur le carrefour entre les routes reliant la mer Méditerranée à la mer du Nord et le Rhin au Danube. Une ville émerge donc au pied du château, regroupant d'abord les artisans nécessaires à la vie du château, puis des commerçants attirés par la situation privilégiée de l'endroit4.

Fribourg-en-Brisgau a été proclamée ville en 1120 par le duc Berthold III et son frère cadet Conrad de Zähringen. Berthold III avait été retenu en prison à Cologne et il avait pu visiter une grande ville riche et moderne, et il s'en est inspiré pour Fribourg, notamment en matière de juridiction et d'administration locale4. Ainsi, la charte consacrant la fondation de Fribourg en fait une ville libre, c'est-à-dire qu'elle est juridiquement séparée des autres territoires de la Maison de Zähringen5. Fribourg signifie d'ailleurs « ville libre » en allemand (burg, à l'inverse de stadt, désigne plus particulièrement une ville fortifiée). La ville est alors entourée par le comté du Brisgau (bris désignant les bras du Rhin et gau, les pays de l'empire carolingien)6. Le nom complet de la ville, Fribourg-en-Brisgau, permet de la différencier d'autres localités homonymes, comme la ville suisse de Fribourg.


En 1200, Fribourg compte déjà environ 6 000 habitants. Elle est alors gouvernée par Bertold V, le dernier duc Zähringen, et entreprend la construction de la cathédrale à l'emplacement de l'église paroissiale primitive5. L'édifice, roman à l'origine, n'est achevé qu'en 1513, et son aspect général est gothique. Lorsque Berthold V meurt en 1218, ses possessions vont aux comtes d'Urach qui prennent le titre de comtes de Fribourg5. Le conseil municipal de Fribourg ne fait pas confiance aux nouveaux seigneurs et écrit une charte limitant leurs pouvoirs sur la ville. À la fin du XIIIe siècle, la ville compte 9 000 habitants et les mines d'argent situées dans les environs lui permettent un enrichissement conséquent.

En 1258, l'ordre teutonique implante à Fribourg une commanderie (de) rattachée au bailliage teutonique de Souabe, Alsace et Bourgogne.

Les relations entre les Fribourgeois et leurs comtes sont souvent mauvaises et le règne d'Egon II est particulièrement mouvementé. En 1273, celui-ci s'oppose à Rodolphe de Habsbourg qui vient d'être couronné empereur du Saint-Empire. Il persuade les Fribourgeois à lancer une insurrection contre l'empereur, mais ce dernier envoie son armée à Fribourg. La ville capitule après un siège lourd en conséquences financières. En 1299, Egon II décide d'augmenter les impôts mais les Fribourgeois attaquent le château avec des catapultes. Le comte fait alors appel à son beau-frère, évêque de Strasbourg, qui envoie son armée à Fribourg et mate la rébellion4.

En 1327, le comte Konrad II octroie à la ville le droit de battre monnaie. Elle forme alors une union monétaire avec Bâle, Colmar et Brisach. En 1348 et 1349, la ville est touchée par la peste et les juifs subissent la fausse accusation d'empoisonnement des puits. Le 30 janvier 1349, tous les juifs de la ville sont massacrés à l'exception des douze plus fortunés. Les plus riches survivent le temps de pouvoir transmettre tous leurs biens[réf. souhaitée]. C'est dans le même contexte qu'ont lieu le pogrom de Bâle et celui de Strasbourg.

Au même moment, les relations entre la ville et ses comtes se dégradent et les Fribourgeois se plaignent à Strasbourg, Berne et Bâle. En 1366, la tension est telle que le comte Egon III doit envahir la ville pour en reprendre le contrôle. Finalement, elle achète son indépendance en 1368 contre 15 000 marks. Elle ne peut toutefois pas exister sans protection extérieure et se place volontairement sous la suzeraineté de la maison de Habsbourg, l'une des plus puissantes familles du Saint-Empire4.


Au XVe siècle, la Réforme protestante s'amorce et l'Église est soumise à des troubles intérieurs. Ainsi, en 1409, trois papes se disputent le trône de Saint-Pierre, et la situation n'est éclaircie qu'en 1415, lors du Concile de Constance. L'archiduc autrichien Frédéric IV soutient l'antipape Jean XXIII, déchu lors du concile, et lui permet de se réfugier à Fribourg. L'empereur du Saint-Empire, Sigismond Ier, considère ce soutien comme un acte de trahison et lui confisque ses possessions. Fribourg devient une ville libre d'Empire, dépendant directement de l'empereur. Frédéric IV est finalement rétabli en 1427 et son neveu et successeur Albert VI d'Autriche fonde l'université de Fribourg en 1457. La Diète d'Empire se réunit à Fribourg en 1498, et en 1507, la ville obtient le droit de battre des monnaies d'or7.

Les idées de Luther sont connues à Fribourg et de nombreuses figures de l'Église et de l'université y adhèrent. Néanmoins, la ville décide d'appliquer l'Édit de Worms, promulgué par Charles Quint et qui interdit le luthéranisme. Tous les livres du théologien sont brûlés. Lors de la Guerre des Paysans allemands, qui secoue le Saint-Empire en 1525, les insurgés protestants assiègent Fribourg et bloquent son approvisionnement en eau. Les Fribourgeois capitulent mais lorsque la ville est libérée par les Habsbourg, la répression contre les protestants est vive. La ville devient dès lors un bastion du catholicisme8. D'ailleurs, les jésuites prennent la direction de l'université en 1620, afin de contrer l'influence des villes universitaires protestantes voisines, comme Tübingen, Bâle et Heidelberg9.

 

Fribourg est durement touchée par les grands conflits qui ponctuent les règnes de Louis XIV et de Louis XV et qui opposent les Habsbourg à la France. La ville est ainsi prise par les Français à quatre reprises.

Fribourg est d'abord épargnée par la Guerre de Trente Ans commencée en 1618. Mais elle est prise par les Bavarois en juillet 1644. En août, la bataille de Fribourg, qui dure trois jours, oppose les Bavarois commandés par Franz von Mercy à l'armée française commandée par Louis II de Bourbon-Condé et Henri de La Tour d'Auvergne. Ces derniers remportent la bataille. Le conflit est catastrophique pour l'Allemagne entière et la population de Fribourg passe de 14 000 habitants à seulement 2 000. Les traités de Westphalie, signés en 1648, mettent fin au conflit et les Habsbourg, vaincus, perdent leurs territoires alsaciens, qui rejoignent la France. Ils conservent néanmoins le Brisgau et la ville de Fribourg9.

Lors de la Guerre de Hollande, la France et les Habsbourg sont à nouveau opposés, et ces derniers en profitent pour envoyer des troupes en Alsace, afin de récupérer cette province perdue. Les Français contre-attaquent et traversent le Rhin en novembre 1677. Le général François de Créquy prend Fribourg par surprise et ne rencontre pas une forte résistance autrichienne, puisque les Habsbourg sont déjà menacés par les Turcs qui assiègent Vienne. Lors du traité de Nimègue qui met fin à la guerre, Louis XIV propose un choix à Léopold Ier du Saint-Empire : soit il garde Fribourg, soit Philippsburg, située près de Karlsruhe. L'empereur choisit cette dernière, et Fribourg devient française. Une route extraterritoriale la relie à Brisach, sur le Rhin10.

Fribourg est un important point stratégique pour la France car elle constitue une avancée sur la rive orientale du Rhin. Louis XIV demande donc à Vauban de la fortifier suivant les techniques modernes. L'architecte fait raser les faubourgs de la ville afin de créer un glacis permettant de dégager le champ de vision des défenseurs. Le roi de France visite la ville en 1681. L'occupation française a des conséquences dramatiques pour la ville, car elle perd ses institutions habsbourgeoises, qui s'exilent à Bâle et Arlesheim, et les professeurs de l'université partent pour Constance. L'armée qui stationne dans la ville consomme de grandes quantités de nourriture et les habitants s'appauvrissent10.

Les Habsbourgs récupèrent Fribourg à l'issue de la Guerre de Neuf Ans, en 1697, mais Strasbourg et l'Alsace sont définitivement perdues. En septembre 1713, pendant la guerre de Succession d'Espagne, des troupes françaises assiègent à nouveau Fribourg, mais à cause des fortifications de Vauban, l'attaque est difficile et dure trois semaines. La population, exténuée, se rend donc pacifiquement. En 1714, le traité de Rastatt remet Fribourg et les autres possessions françaises de la rive droite du Rhin au Saint-Empire. Les Allemands récupèrent donc Fribourg, mais aussi Kehl et Brisach10.

Lors de la guerre de Succession d'Autriche, Fribourg est encore une fois attaquée par les Français, en 1744. Louis XV assiste personnellement au bombardement de la ville et fait épargner la cathédrale. L'année suivante, la ville doit être rendue aux Impériaux, et les Français détruisent les fortifications de Vauban avant de partir. Une alliance entre les Habsbourg et la France est finalement conclue en 1770, lors du mariage de Louis XVI et de Marie-Antoinette. La future reine visite Fribourg avant de traverser le Rhin10.


La paix entre le Saint-Empire et la France ne dure que 21 ans. En 1793, les Sans-culottes, qui souhaitent propager la révolution en Europe, s'avancent sur le Rhin. Ils occupent brièvement Fribourg en 1796, puis Fribourg et le Brisgau deviennent français en 1799. Lors de la création de la Confédération du Rhin en 1806, qui entérine la fin du Saint-Empire, Fribourg et le Brisgau sont rattachés au Grand-Duché de Bade. La ville est excentrée par rapport à la capitale grand-ducale, Carlsruhe, et comme le pays possède déjà l'université de Heidelberg, celle de Fribourg est menacée de fermeture. Le congrès de Vienne entérine le rattachement de Fribourg au grand-duché, et en compensation, les Habsbourg reçoivent des territoires plus proches de Vienne, donc plus faciles à défendre. Les Fribourgeois sont très réticents à intégrer le Bade, notamment parce que c'est un pays majoritairement protestant11.

En 1827, Fribourg devient le siège d'un archidiocèse et en 1845, la ligne de chemin de fer vers Offenbourg est ouverte. La Révolution de Mars, qui éclate en Allemagne en mars 1848, n'épargne pas le Grand-Duché de Bade qui possède pourtant une constitution très progressiste. Lors du Soulèvement de Fribourg (1848) de sanglantes batailles de rue ont lieu entre les forces gouvernementales et les insurgés.

Freiburg dans le Grand-duché de Bade vers 1862

Après la fondation de l'Empire allemand en 1871, Fribourg profite de la reprise économique générale en Allemagne. De nouveaux quartiers sont construits dans le style historiciste alors en vogue et un tramway électrique est mis en place en 1901.