Ville de COLMAR 68000

 

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Histoire

À la Préhistoire, entre 5000 et 4000 avant notre ère, des groupes humains venant du bassin du Danube ont peuplé les bords du Rhin, comme en témoignent les silex exposés au musée Unterlinden. Ces peuplements s'identifient à la culture rubanée et sont attestés dans les environs de Colmar42. La présence de l'Ill et de ses confluents (la Lauch, la Thur et la Fecht) a fortement contribué à l'implantation humaine sur le site39.

Une présence celte est attestée entre 1200 et 800 av. J.-C. grâce à la découverte de plusieurs urnes funéraires39. Dans les derniers siècles avant notre ère et toujours aux environs de la ville, près du Hohlandsbourg, une agglomération remontant au Bronze final et se rattachant à la civilisation des champs d'urnes a été découverte et fouillée en 1968.

Les Raurarques ou Rauraques, dont la capitale est Argentovaria (le futur Horbourg), défendent la Villa Columbaria au moment de l'invasion alamane43.

En 378, l'empereur romain Gratien soumet ces envahisseurs germaniques, dont des contingents entiers vont intégrer l'armée romaine et qui dès lors vont commencer à coloniser la région. Ces auxiliaires alamans ne parviendront pas à s'opposer, malgré une résistance acharnée, au passage du Rhin par d'autres tribus germaniques et orientales, comme les Huns, en 40644. Cependant, les colons alémaniques vont devenir peu à peu majoritaires au sein d'une population gallo-romaine. Le bas-latin, parlé par ces derniers, va alors disparaître au profit des langues germaniques45.

C'est aux Ve et VIe siècles, lors de la conquête de la Gaule que les souverains francs occupent de grands territoires sur le futur domaine de la ville. Il s'agit là d'un peuple nomade qui construit de grands bâtiments de bois et de pisé (terre argileuse) : granges, écuries, pressoir, cuisine, basse-cour, colombier... et crée au centre une construction soignée pour son souverainGB 2.

Moyen Âge

Haut Moyen Âge

L'aristocratie alémanique va finalement être défaite et massacrée par les Francs, mettant un terme au conflit multiséculaire qui oppose ces deux fédérations de peuples germaniques. La région de Colmar va alors être dominée par les clans mérovingiens et christianisée.

L'acte de donation de Louis le Pieux, rédigé à Francfort le 12 juin 823, mentionne pour la première fois la ville sous le terme « Notre fisc nommé colombier ». L'empereur carolingien cède à l'abbaye de Munster une partie de forêt du fisc de ColumbariumGB 1, alors habité par quelques domaines fermiers46.

À deux reprises, en 883 et 884, Charles III le Gros tient une assemblée où sont présents tous les dignitaires de l'Empire, entre la Meuse et l'Elbe, et au-delà des Alpes et de l'Italie du nordGB 2.

Moyen Âge central

Vers 965, le domaine royal carolingien est scindé entre l'Oberhof (domaine d'en-haut), qui revient au monastère clunisien de Payerne (canton de Vaud en Suisse) ; et le Niederhof (domaine d'en-bas), qui devient propriété de l'évêque Conrad de ConstanceGB 2. Vers l'an mil, on y construit une église en lieu et place de l'actuelle Collégiale Saint-Martin. Elle se composait d'une abside carrée, d'un transept de 19 par 8 mètres ainsi que d'une nef de 15 mètres de longGB 2. La ville est détruite par un incendie en 1106GB 3.

L'empereur Frédéric Barberousse fait étape à Colmar, sans doute pour signer le traité de Constance (il y repassera en 1156, 1179 et 1186) ainsi que le roi Philippe de Souabe en 1212GB 3.

La commune se développe progressivement et accède au statut de ville impériale en 1226OT 2, sous la suzeraineté de l'empereur Frédéric II de Hohenstaufen (qui se rendra dans la ville en 1235)OT 3. C'est à cette époque que commencent à s'installer diverses communautés religieuses, telles que les Franciscains, les Dominicains et les Augustins39.

Le prévôt Jean Roesselmann, après avoir libéré les Colmariens de la domination de l'évêque de Strasbourg en 1261, repousse une nouvelle attaque en 1262 au prix de sa vie47.

En 1278, Rodolphe de Habsbourg donne à la ville libre du Saint-Empire romain germaniqueOT 2 ses Libertés communales. Dans ce document daté du et rédigé en allemand, le comte affiche quarante-quatre prescriptions relevant du droit pénal, du droit privé et des procédures. Par exemple, pour un meurtre sur le ban de la commune, la punition était la décapitation et la démolition de la maisonGB 4.

En 1293, la ville tente en vain de se soulever contre le roi Adolphe de Nassau. Deux ans plus tard, Colmar construit son premier hôtel de villeOT 3.

Moyen Âge tardif

Le premier port de Colmar, le Ladhof (étymologiquement « l'endroit où l'on charge les marchandises »), voit le jour en 1337, au confluent de la Thur et la Lauch. Les marchandises y étaient embarquées jusqu'à Strasbourg, puis vers les pays rhénans.

La Décapole d'Alsace nait en 1342 grâce à l'agrément de Charles IV. Elle compte alors sept villes. Colmar la rejoint le , pour donner naissance à la confédération des dix villes impériales. Il s'agit du premier syndicat intercommunal de la régionGB 5. Elles se promettent secours mutuel en cas d'agression extérieure mais n'écartent pas l'idée d'un conflit interne qui serait résolu à l'amiable48. Haguenau, ville du Landvogt qui gère depuis le XIIIe siècle le domaine impérial peut être considéré comme chef-lieu administratif. Ce regroupement envoie des députés aux diètes de l'Empire et aux assemblés des villes impériales.

La ville se dote en 1360 d'une constitution stable. Le gouvernement est confié aux bourgeois et membres de la corporationGB 6. En 1376, elle obtient le droit de fabriquer de la monnaie et entre, en 1403, dans l'alliance monétaire du Rappenmünzbund.

Une grande épidémie de peste bubonique frappe la ville en 1418.

En 1469, l'archiduc Sigismond, qui représente l'empereur d'Allemagne en Alsace, a d'impérieux besoins d'argent. Charles le Téméraire lui consent un prêt mais réclame en gage une partie de la province. Dans la région concédée, il délègue un bailli, Pierre de Hagenbach. Sa cruauté est telle que les villes d'Alsace se hâtent de rembourser le Téméraire. Mais Hagenbach refuse de céder la place. Battu et fait prisonnier, il est condamné à avoir la tête tranchée. L'honneur de l'exécution revient au bourreau de Colmar, en 147449. La tête de Hagenbach, momifiée, est conservée au musée Unterlinden, ainsi que le glaive du bourreau.

Le Koïfhus est achevé en 1480. Il sert à la fois de magasin pour les marchandises, de bureau de douane et de lieu de réunion des députés de la DécapoleGB 6.

 

Le XVIe siècle et la réforme protestante

En 1512, la communauté juive est exclue de la ville. Elle y était présente depuis le XIIIe siècle et ne trouvera plus droit de cité jusqu'à la RévolutionGB 7.

Le statut communal est modifié en 1521, le nombre de corporations est rapporté à vingt.

La ville devient un foyer de propagande luthérienne entre 1522 et 1525 grâce aux ouvrages de l'imprimeur Farckall. À la suite de la guerre des paysans, les premiers groupes de sympathisants de la Réforme se rassemblentOT 2 (affaire du prédicateur Hans, tentative de sédition de l'aubergiste Bader). La ville échappe de peu aux violences de la guerre des paysansGB 7 en 1525.

En 1528, le médecin-alchimiste Paracelse se réfugie à Colmar avant de reprendre sa vie errante50.

Malgré la ralliement de nombreuses villes alentour, la Réforme ne parvient pas à s'introduire à Colmar. L'échéance est retardée notamment par le prédicateur dominicain Jean Fabbri et le prieur des Augustins Jean Hoffmeister.

Le gouvernement de Colmar réglemente, en 1538, la vie des clercs à l'intérieur des couvents à la suite d'abus constatésGB 7.

La peste de 1541 fait 1 560 victimes dans la ville51, les franciscains sont décimés.

Georges Wickram, considéré comme le créateur du roman populaire en langue allemande, crée en 1548 une école de chanteurs (Meistersingerschule).

En 1555, la paix d'Augsbourg rétablit officiellement la coexistence du catholicisme et du luthéranisme dans l'EmpireGB 7.

Le magistrat est renouvelé en 1564 et voit arriver des hommes neufs favorables à un changement de situation.

La réforme luthérienne est introduite en 1575OT 2, un demi-siècle après Strasbourg ou Bâle. Le 14 mai, le conseil de la ville, sous la direction de l'Obristmeister Michel Buob, autorise le culte protestant à côté du culte catholique. Le lendemain a lieu le premier culte protestant en l'église des Franciscains, officié par le pasteur de Jebsheim Jean CellariusGB 7.

L'architecte strasbourgeois Daniel Specklin dote la ville de nouvelles fortifications en 1580.

Guerre de Trente Ans (1618-1648)

La guerre de Trente Ans touche particulièrement l'Alsace52 et prend fin à la signature des traités de Westphalie, qui consacre la victoire de la France et de la Suède sur le Saint-Empire romain germanique. Assiégée par les troupes impériales en 1636, la ville est ravitaillée par le régiment de Rambures et les troupes du cardinal de La Valette et le siège fut levé53

Le traité d'Osnabrück permet à chaque confession de récupérer les biens et droits qu'elle possédait au . Quant au traité de Münster, il permet à la France de récupérer les possessions des Habsbourg, notamment le grand bailliage qui incluait les dix villes impériales de la Décapole, dont faisait partie ColmarGB 8.

Guerre de Hollande (1672-1678)

Lors de la guerre de Hollande, Colmar tente de renouveler ses privilèges impériaux. Elle participe notamment à l'effort de guerre de l'Empire contre les Turcs. Cet effort est connu comme la Türkenhilfe, littéralement « aide turque »GB 9.

Au printemps 1673, décision est prise de s'emparer de Colmar. Louvois et le marquis de Coulanges, accompagnés de 500 cavaliers, se présentent aux portes de la ville le 28 août. Il y pénètrent conjointement par les portes de Deinheim et de Rouffach. Les Colmariens sont désarmés le lendemain. 4 000 hommes sont mis à l'œuvre pour démanteler les fortifications qui avaient fait l'orgueil de la villeGB 9. Avec leurs restes sera construit un hôpital.

Le 30 août, le roi Louis XIV et son cortège de 200 carrosses se rendent dans la ville pour constater l'avancée des démolitions et prononce ces mots : « Messieurs les Colmariens ne sont plus si glorieux comme ils étaient ! »GB 10.

Toutefois, à l'automne 1674, les armées du Saint-Empire envahissent l'Alsace et le grand Électeur de Brandebourg Frédéric-Guillaume s'installe à Colmar avec 1 200 hommes.

Le , le vicomte de Turenne bat les hommes de l'Empire à Turckheim. La peur de subir les mêmes atrocités pousse Colmar à se soumettre aux Français. Le traité de Nimègue, signé le , met fin à la guerre. Le lys remplace désormais l'aigle, Colmar est devenue ville royale françaiseOT 2.

 

Le traité de Rueil est signé le entre Louis XIII et ColmarOT 2, la ville est placée sous la protection du roi, sans pour autant abandonner son statut de ville de l'Empire54. La parité confessionnelle des postes de gouvernement entre catholiques et protestants est instaurée, bien que ces derniers représentent les deux tiers de la populationGB 11.

En 1683, Colmar accueille la commanderie militaire de la Haute-Alsace (commissaires des guerres, commissaire régional d'artillerie, contrôleur de l'hôpital royal militaire, commissaire provincial des poudres et salpêtres)GB 11. Une nouvelle division territoriale relevant de l'Intendant d'Alsace voit le jour en 1695 : Colmar devient chef-lieu de subdélégationGB 11. La ville obtient en 1698OT 2 le siège du Conseil souverain d'Alsace55 (anciennement à Ensisheim), devenant ainsi la capitale judiciaire de la province d'Alsace. La première séance date du 22 mai et a lieu dans la maison dite du WagkellerGB 12.

En 1714, la ville fait l'acquisition de la seigneurie du Hohlandsbourg et cède le prieuré de Saint-Pierre aux jésuites qui sont installés dans la ville depuis 1698GB 13. L'architecte strasbourgeois Jean-Jaques Sarger édifie l'église des Jésuites entre 1735 et 1750, actuellement sur le terrain du lycée BartholdiGB 13.

C'est en 1751 que l'historien Jean-Daniel Schoepflin publie le premier tome de l'Alsatia Illustrata56

Voltaire séjourne à Colmar pendant l'hiver 1753-175457, à la suite de son renvoi de la cour du roi de Prusse Frédéric II. Il y effectue des recherches sur l'histoire de l'Empire, avec l'aide appréciable des conseillers et avocats du Conseil souverain dont il dira : « J'ai trouvé à Colmar des avocats qui sont plus instruits de l'histoire de l'Empire qu'on ne l'est à Vienne. Gens d'un mérite solide, communicatifs qui ont de belles bibliothèques et sont entièrement à notre service. Je suis dans le seul pays de France où l'on puisse trouver des secours sur cette matière qu'on ignore parfaitement à Paris. » Les jésuites contestent ses talents d'historiens et dès lors il gardera un souvenir mitigé de son séjour à Colmar. Il parlera de la ville comme d'une « petite ville dévote, remplie de tracasseries, où tout le monde se confesse, tout le monde se déteste ».

Dans un climat d'anti-judaïsme partagé par une partie de la population et des élites, le marchand juif Hirtzel Lévy de Wettolsheim est condamné à mort par le Conseil Souverain d'Alsace et rompu vif sur la place du marché aux Bestiaux de Colmar le 31 décembre 1754. Sur cassation par le conseil privé du Roi à Versailles, il sera réhabilité par le Parlement de Metz le 24 septembre suivant et ses coaccusés seront acquittés.

Théophile Conrad Pfeffel fonde l'Académie militaireOT 2 en 1773. Il s'agit en fait d'un lieu ne s'adressant qu'à des enfants protestants, nobles le plus souvent, et qui leur permettaient de se destiner à une carrière militaire. Il en dira : « Notre établissement n'est pas une école d'élite pour des soldats ou des commerçants, mais une pépinière pour tous ceux qui veulent émerger du vulgaire. » L'école a accueilli 288 élèves en vingt ansGB 14.

Époque contemporaine

La Révolution et le XIXe siècle

La ville, promue chef-lieu du Haut-Rhin en 1790, compte alors plus de 13 000 habitants. Étienne Ignace Salomon en devient le premier maireGB 14. En 1791, la ville devient siège de l'évêché constitutionnel du département et la collégiale Saint-Martin est érigée en cathédrale, et ce jusqu'au concordat de 1802GB 14. Hérault de Séchelles convertit le tribunal criminel du Haut-Rhin en tribunal révolutionnaire en 1793. Treize exécutions seront prononcées en quelques moisGB 15. En 1800, la ville devient chef-lieu du département et accueille son premier préfet, Jean-Baptiste HarmandGB 15. Son siège se trouve initialement dans l'abbaye cistercienne de Pairis (actuel hôtel de ville), avant de déménager en 1866. La ville redevient capitale judiciaire et reçoit un tribunal d'appel qui deviendra une cour d'appel en 1804. À la suite du plébiscite pour l'Empire, elle devient une cour impériale et la ville retrouve un maire, François Antoine Richter.

En juillet 1822, un lieutenant-colonel à la retraite, Augustin Caron, habitant rue de l'Imprimerie, envisage de faire évader des frères d'armes enfermés dans la prison de la ville. Il croit soulever son ancien régiment et tombe dans un piège policier58. Arrêté et jugé, il est condamné à mort et exécuté à Strasbourg le 1er octobre 1822. L'affaire fit grand bruit et le député du Haut-Rhin Koechlin écrira un Relation historique des événements qui ont eu lieu à Colmar les 2 et 3 juillet 1822, ce qui lui vaudra une condamnation et quelques semaines d'emprisonnement.

Colmar accueille le roi Charles X en 1828, ainsi que le duc d'Orléans et de Nemours en 1831GB 16.

Au XIXe siècle, Colmar est marquée par de nombreuses émeutes. La première se tient en 1833. Surnommée « émeute de la piquette ». Elle fait suite à la volonté de l'administration fiscale de taxer un petit vin local, le Bubberi, comme les vins des grandes tables. La révolte gronda fin octobre : les ouvriers rejoignent les maraîchers et les vignerons. Des barricades sont dressées. La garde nationale fut requise mais le texte fut retiré sous la menace du déversement de la piquette dans le ruisseau de la Sinn. Le vicomte de Croismare fut destituéGB 17.

L'inauguration de la ligne de chemin de fer Bâle-Colmar-Strasbourg a lieu en 1841GB 16. L'année suivante se tient l'émeute dite « des fagots » : en 1842, la municipalité, conduite par le maire Chappuis, décida de taxer le bois de chauffage. Des manifestants occupent la mairie en juin et, devant leur détermination à en découdre avec le maire, il fait intervenir un escadron de lanciers venu de SélestatGB 18.

La ville atteint les 20 000 habitants en 1845GB 16. En 1854, une épidémie de choléra sévit sur la villeOT 2 : 505 personnes sont touchées, et 349 décèdent des suites de la maladie. La cause principale en est la propreté des rues et des maisonsGB 19. Au plus fort de l'épidémie et effrayée par l'hygiène déplorable, l'administration décide d'interdire les aliments à risques, dont le concombre. S'ensuit une troisième émeute, dite « des concombres ». Les maraîchers, et notamment trois sœurs, s'en prirent au marché à un sergent et à son escouade. Ils furent bombardés de légumes. La police et l'armée durent intervenir pour rétablir le calme. Le maire Chappuis se serait bien passé de cette nouvelle émeuteGB 20.

En 1855, Colmar est encore marquée par une émeute, dite cette fois « des corbillards ». Les Colmariens avaient la tradition de leur dernière demeure au Rappendantz (l'endroit où dansent les corbeaux), accompagnés par des charpentiers, serruriers, sculpteurs et porteurs. Cette année-là, la ville voulut confier les enterrements à une société de pompes funèbres. Les premiers corbillards durent travailler entourés de gendarmes et de policiers. L'affaire déplut au préfet qui finit par destituer le maire ChappuisGB 20.

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